Le 6 avril 2005, à la médiathèque de l’Institut français, des classes de lycée 3 (FEN, TMb, Sosyal) ont pu rencontrer et discuter avec l’auteur français Paul Fournel. Comme l’écrivain l’a dit avec malice, il est d’une année sur l’autre, secrétaire "définitivement provisoire" ou "provisoirement définitif" de l’OUvroir de LIttérature POtentielle créé par François Le Lionnais et Raymond Queneau.
Tout au long de la discussion, les élèves ont pu réfléchir en sa compagnie sur l’intérêt des travaux de l’OULIPO. Comme l’a rappelé Paul Fournel, les textes issus des travaux oulipiens "renouvellent l’acte de lire" : à littérature potentielle, lecture potentielle ! Tout autant qu’à une exploration de la langue et du texte, l’OULIPO invite le lecteur à explorer sa pratique de lecture. Aux questions des élèves, l’écrivain a conclu par cette formule : "On n’écrit pas de littérature. On écrit du texte." La littérature, c’est affaire d’éditeurs, de critiques littéraires, de professeurs de lettres, en un mot, de lecteurs.
La discussion s’est terminée par un mini-atelier improvisé "sur le genou", avec la consigne d’écriture suivante : Ecrire une histoire, en utilisant dix mots préférés de dix élèves, dans l’ordre qu’ils ont été donnés.
Voici quelques productions d’élèves :
Un écrivain célèbre
Un jour, un écrivain célèbre nous demanda de faire un texte avec les mots suivants : améliorer, oasis, chanter, articulation, oser, école, chérubin, catastrophe, trébucher et carambolage.
Mert Büyükkürkçü
un jour
L’année la plus difficile de ma vie... ÖSS, l’examen de Galatasaray, le lycée... Je voulais entrer à Galatasaray mais d’abord il fallait que j’améliore mon français. Toute la semaine je travaillais et je me fatiguais. Les week-ends quand je rencontrais mes amis je me sentais comme si je me trouvais dans une oasis. Nous nous amusions beaucoup le soir. Après avoir mangé nous allions à un bar où nous pouvions danser, chanter, boire comme nous voulions. Un jour à la sortie du bar nous avons eu un accident et ma meilleure amie s’est blessée à la jambe. Nous l’avons amenée à l’hôpital. Nous avons appris qu’elle avait la jambe cassée et qu’elle avait des problèmes d’articulations. Elle est restée à l’hôpital pendant deux semaines. La première semaine elle n’a pas oser se lever. Elle était ma meilleure amie, nous étions toujours ensembles depuis l’école primaire. Quand nous étions chérubins je lui avais promis que je ne la quitterais jamais. Après cette catastrophe j’ai compris combien je l’aimais. Je voulais la voir marcher, courir. Elle a essayé de marcher mais elle n’a pas pu. Elle trébuchait. Un carambolage nous avait apporté le malheur. Après cet événement nous avons décidé de ne plus conduire après avoir bu.
Eda Çidamal
à Paris
Je suis en France, à Paris, maintenant. J’y suis venu pour améliorer ma langue française. Mes valises à la main, je cherche l’hôtel où je vais rester pendant trois semaines. Je le cherche depuis le matin et si je le trouve dans une heure je serai content comme si j’avais soif et que je voyais une oasis. Je marche en chantant dans les rues de Paris. Je me souvenu de Mme Nil ma prof de Français qui me faisait répéter « articulation » pour que je prononce bien le mot. Je suis ici depuis cinq heures, la Turquie déjà me manque. Si j’arrive à oser demander l’adresse que je tiens à la main, ça sera beaucoup plus simple de trouver l’hôtel et mon école. Mais je suis embarrassé. Mes yeux cherchent un chérubin dans la rue. Peut-être pourrais-je lui demander... Ah oui ! J’en vois un. Oups ! Il trébuche, il tombe.
Şansal Kantarci
comme ses pensées volaient dans sa tête
Il avait encore 3 km à marcher. Il faisait trop chaud et dans ces conditions, il n’avait plus de courage. Il a essayé de penser à quelque chose qui pouvait le faire se sentir mieux et améliorer les mauvaises conditions. Par exemple une oasis dans un désert. Pendant quelques instants, il ressentit la sensation d’une personne affamée qui a trouvé un petit morceau de pain. Il a eu envie de chanter des chansons heureuses. Comme ses pensées volaient dans sa tête, il a heurté un rocher et est tombé par terre. Il a eu mal à la jambe. Il a prié pour qu’il n’ait pas de problème aux articulations. Il n’a pas oser se lever, et a décidé de s’asseoir un peu par terre. Ce petit accident lui a fait se souvenir d’un autre. Un jour, comme il retournait chez lui, il avait vu une scène tragique : une école et un chérubin de l’autre côté de la route, puis une catastrophe. L’enfant qui trébuche et tombe par terre, un bus qui le heurte, et un carambolage de voitures heurtant le bus.
İrem Girgin
aurait aimé se trouver au milieu d’une oasis
Le petit garçon avait mis tout le monde en colère et il savait que rien ne pouvait améliorer la situation à ce moment-là. Il aurait tellement aimé se trouver au milieu d’une oasis déserte tout d’un coup, loin de la colère des autres. Il a commencé à chanter pour oublier ses soucis. Il était si stressé que toutes ses articulations lui faisaient mal. Il ne pourrait jamais plus oser aller à l’école. Ce chérubin y avait créé une vraie catastrophe : à la sortie de l’école, devant les escaliers, il avait trébuché et causé un carambolage de voitures passant par là.
Ebru Doğan
où le vent chante ses chansons
Pour améliorer ma vie, j’ai décidé de construire une maison à côté d’une oasis où le vent chante ses chansons. J’ai choisi de vivre dans un désert à cause de mes problèmes d’articulations. L’ingénieur m’a dit que j’étais la première personne qui ose construire une maison et une école pour mes chérubins. La construction est devenue une catastrophe. A cause des problèmes de construction, ma maladie a empiré, si bien que j’ai commencé à trébucher dans la rue. Pour mieux continuer la construction, j’ai fait une route au milieu du désert. Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais mes ouvriers arabes ont provoqué un carambolage en une seconde.
Melih Tor


