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Marie-Christine BARRAULT - Franck CIUP

15 septembre 2015, 19:30

| Lecture théâtrale , Concert , En français , Ouvert à tous

"L’AMOUR DE LIRE"

sur des textes de Christian BOBIN

Marie-Christine BARRAULT, lectrice
Franck CIUP, piano


Marie-Christine BARRAULT et son amour des grands textes, lira des extraits de textes émouvants de l’écrivain poète mélomane, Christian BOBIN accompagnée de musiques de BACH CHOPIN SATIE et des compositions originales de Franck CIUP au Piano.

"Au début on ne lit pas. Au lever de la vie, à l’aurore des yeux. On avale la vie par la bouche, par les mains, mais on ne tache pas encore ses yeux avec de l’encre. ........

........Au début il y a les terres immenses du jeu, les grandes prairies de l’invention, les fleuves des premiers pas, et partout alentour l’océan de la mère, les vagues battantes de la voix maternelle.

............ Un jour on reconnaît le mot sur la page, on le dit à voix haute, et c’est un bout de dieu qui s’en va, une première fracture du paradis. On continue avec le mot suivant, et l’univers qui faisait un tout ne fait plus rien que des phrases, des terres perdues dans le blanc de la page. On est à l’école, on fait son métier d’enfant. ...........

........ Avec la lecture tu achètes quelque chose qui pour toi n’a pas de valeur – seulement un prix : une place sur un banc de la classe, un rôle dans les bureaux ou les usines. .......

..........Parfois aussi il se passe quelque chose, pour quelques uns, moins nombreux, bien moins nombreux. Ceux-là sont les lecteurs. Ils commencent leur carrière à l’âge où les autres abandonnent la leur : vers huit, neuf ans. Ils se lancent dans la lecture et bientôt n’en finissent plus, découvrent avec joie que c’est sans fin. Avec joie et frayeur. Ils s’en tiennent au début, à la première expérience. Elle est indépassable. Ils liront jusqu’au soir de leur vie en s’en tenant toujours là, au bord de la première
découverte, celle de la solitude, solitude des langues, solitude des âmes. Avec ravissement ils quittent le monde pour aller vers cette solitude. Et plus ils avancent, et plus elle se creuse. Et plus ils lisent, et moins ils savent. Ces gens-là sont ceux qui font vivre les écrivains, les libraires, les éditeurs, les imprimeurs. Les grands livres, les mauvais livres, les journaux, tout est bon à qui aime lire, tout est nourriture à l’affamé.

D’un côté ceux qui ne lisent jamais. De l’autre ceux qui ne font plus que lire.

Il y a bien des frontières entre les gens. L’argent, pas exemple. .........

Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque. La muraille entre les riches et les pauvres est visible. Elle peut se déplacer ou s’effondrer par endroits. La muraille entre les lecteurs et les autres est bien plus enfoncée dans la terre, sous les visages. Il y a des riches qui ne touchent aucun livre. Il y a des pauvres qui sont mangés par la passion de lire. Où sont les pauvres, où sont les riches. Où sont les morts, où sont les vivants. C’est impossible à dire.

Ceux qui ne lisent jamais forment un peuple taciturne. Les objets leur tiennent lieu de mots : les voitures avec sièges en cuir quand il y a de l’argent, les bibelots sur les napperons quand il n’y en a pas. Dans la lecture on quitte sa vie, on l’échange contre l’esprit du songe, la flamme du vent. Une vie sans lecture est une vie que l’on ne quitte jamais, une vie entassée, étouffée de tout ce qu’elle retient comme dans ces histoires du journal, quand on force les portes d’une maison envahie jusqu’aux plafonds par les ordures. Il y a la main blanche de ceux qui ont pour eux l’argent. Il y a la main fine de ceux qui ont pour eux le songe. Et il y a tous ceux qui n’ont pas de main – privés d’or, privés d’encre. C’est pour ça qu’on écrit. Ce ne peut être que pour ça, et quand c’est pour autre chose c’est sans intérêt : pour aller des uns vers les autres. Pour en finir avec le morcellement du monde, pour en finir avec le système des castes et enfin toucher aux intouchables. Pour offrir un livre à ceux qui ne le liront jamais."

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