logomeb logonds NDS anaokul NDS ilkokul
page d'accueil
page d'accueil
Türkçe
Türkçe
connexion
connexion
Activités > Cérémonies >
Discours - 6 Octobre 2005 - Libération d’Istanbul

Cérémonies


Hommage à Istanbul : Sur les Pas des Voyageurs-Ecrivains

Quelle merveille cette ville flottant devant nous à l’horizon, vers laquelle notre navire glisse silencieusement sur la mer blanche, miroir du ciel bleu perse...Je n’y vais pas chercher des couleurs et des images, mais un enrichissement de l’âme...

Et pourtant ! Que dire des couleurs et des images de ces minarets, tours, dômes et murailles crénelés qui pointent et hérissent le ciel à perte de vue ? De ces ponts hauts et bas, qui s’étendent de colline à colline, de foule pressée à foule pressée ? Et de ces myriades de bateaux lesquels, sans cesse, sillonnent les eaux agitées, dont les filets de fumée rampent sur les dômes lisses et scintillants, festonnant les flèches de minarets entre elles comme dans un conte de fée...une vision onirique.

Or voici notre regard saisi par toute une lignée de remparts, de parapets crénelés, de murailles, de tourelles...de terraces de jardins nichés subrepticement au pied de l’enceinte. C’est le sérail de Topkapı, immense palais de sultans qui veille et surveille les arrivées et les départs de tant de navires dont la muraille maritime de pierre lyrique, inclinant vers la mer en dit long sur la grandeur de la cour ottomane. Orgueilleusement il domine les sept collines d’Istanbul, la mer de Marmara et la Corne d’ Or ; domine jalousement tout Stamboul. La Porte du Milieu, gardée par un parapet crénelé et par deux tourelles octogonales à toiture conique se lève comme l’auguste lion, conscient de sa puissance royale. En effet, ce peuple a placé le palais de ses maîtres sur le penchant de la plus belle colline qu’il y ait dans son empire et peut-être dans le monde entier.

Tout à coup, une secousse de notre navire ralentissant selon le bon gré des passagers, enchantés par cette silhouette géante dévie notre regard vers l’ Est, là où effilant solitairement au-dessus des toits rouges et gris, se niche la Tour de Galata, étrange interlope génois dans cet Orient, dont néanmoins, la forme cylindrique et les fenêtres en arcade épousent l’ensemble compliqué qui pique et perce le ciel, où le témoignage de Rencontres entre Occident et Orient se déchiffre comme un astrologue lit l’avenir dans la configuration des étoiles, un alchimiste dans le mélange de sa composition.

Or, au fur et à mesure que notre paquebot s’approche de la ville désirée, il nous paraît évident que cette Rencontre de formes orientales et occidentales a créé à l’oeil nu, une synthèse si convergeante et divergente que la classer, la définir, bref, l’emprisonner reste un rêve embrumé : Istanbul échappe à toute saisie définitive, présomptueuse. L’amant qui aime n’explique pas son amour, sinon il n’aime plus...

Un vol de mouettes à la recherche de poissons abandonnés attire mon regard qui se perd dans leur sillage. Elles survolent le Pont de Galata qu’un tram traverse dans son empressement moderne. Puis, me voici à nouveau à l’ Ouest, où l’oeil se fixe sur une grappe de dômes de couleur roses et grises : un rose si profond, pastel au delà des murailles majestueuses de Topkapı.. là, vous voyez, ce rose doux, assis sur de petits dômes argentés, semblables aux rondes-bosses des boucliers. C’est Sainte-Sophie, Aya Sophia, le joyau de Justinien, construit à la gloire de l’ Empire oriental byzantin. Temple-forteresse avec ses contreforts qui soutiennent le gracile dôme central suspendu au ciel par une chaîne d’or oeuvre sublime dont les briques légères furent façonnées à Rhodes, et les colonnes qui le supportent importées de Baalbek, de Delphes et d’ Ephèse...

Suivant le contour hallucinant, et limée contre les briques roses pastelles byzantines, la silhouette onirique des six minarets insolites, parcourant une cascade de dômes, mon oeil s’ouvre grandement devant la mosquée monumentale d’Ahmet le Premier, dont les bleus argentés semblent soulever ce sanctuaire superbe et somptueux sur un tapis volant, et l’emporter au-delà des mers et déserts jusqu’à sa rivale arabe, la Kaba à la Mecque...

Cependant, cette pierre lourde, chargée de force tellurique, s’enracine dans des collines verdoyantes, entre pavillons de bois et kiosques, blottie fermement entre jardins et bosquets protecteurs. Car c’est la même qui avait chanté les louanges des remparts formidables de Théodose. Cette muraille imposante de meurtrières ornées d’arcs, de tourelles , de chemins de ronde, et contre la brique bien bâtie de laquelle, les armées des Perses, des Arabes et des Huns s’écrasaient. Mais tandis que mon regard passe en revue cette enceinte imprenable je note des tours ébréchées , des créneaux démolis et des éboulis de pierres peintes gisant sous un soleil de plomb, brutal témoignage des victoires des Croisés, et des canons puissants de l’armée ottomane ; brèche finale et disparition de cette dynastie byzantine.

Lorsque les ombres augustes de ces héritages composites nous engouffraient dans l’obscurité, le retour au centre du monde, aux croisements de nations et de peuples, devint une réalité. A bord, mes yeux s’acclimataient aux grandes excitations que la ville laissait échapper, aux couleurs et aux sons en déplacement sans répit. Les cyprès, les minarets, les mâts des vaisseaux qui s’élevaient et se confondaient de toutes parts ; la verdure des arbres, les couleurs des maisons, blanches et rouges : la mer qui étendait sous ces objets sa nappe bleue, et le ciel qui déroulait au-dessus un autre champ d’azur : voilà ce que j’admire.

Notre navire commença à accoster, nous plongeant dans la fraîcheur des pierres lyriques. Derrière moi la Corne d’ Or, rigole en ligne de fuite aux sommets de la colline d’ Eyüp, dont les eaux chenues coulent finement de coude en coude, doigts et languettes saillants de charme et d’ Histoire.

Et le Bosphore, comme un fleuve encaissé, s’entrouvrait, et semblait fuir entre les montagnes sombres, dont les flancs de rochers, les angles sortants et rentrants, les ravins, les forêts, se répondaient des deux bords, et au pied desquels on distinguait à perte de vue une suite non interrompue de villages, de flottes à l’ancre ou à la voile, de petits ports ombragés d’arbres, de maisons disséminées, et de vastes palais avec leurs jardins de roses sur la mer.

Enfin, nous accostons. Le quai se remplit de cris, de couleurs, de chaos. A première vue, la ligne gracile de la silhouette istanbuliote dressée devant nos yeux gourmands ne semble pas avoir subi de vicissitudes radicales. A travers cette même brume onirique, tenace, nous y retrouvons comme autrefois. Cet autrefois chargé de voix lointaines et oniriques, elles aussi. Lointaines, certes, mais dont le murmure reste tenace, vivace, présente ici et maintenant. Cet autrefois qui nous attrape à bord du navire, présentement à quai. Pourquoi s’être aventuré à ce retour après tant d’années d’errances...d’absences ? Après tant d’autrefois vécus et à vivre ?..

Bu sorunu kimse yanıtlayamaz. O zaman şimdiye kadar bu kadar yol aldıktan sonra bizim aynı yere yeniden dönmemizi nasıl açıklayabiliriz ? Aynı şekilde, yaşam bizi yeniden aynı ülkeye, aynı şehire nasıl olurda tekrardan getirir ? Aslında, bu cevap bizim bilincimizin, bilgimizin, en dibinde bir yerde saklıdır. Belki biz buna kesin bir yanıt bulamayabiliriz, ancak, kaderimizde saklı şifreyide çözmek, belkide bizim elimizdedir.